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Axe 6 - Axe Anthropologie Contemporaine : Régimes d’historicité, politiques de la mémoire et identités ethniques et nationales dans les Amériques (XVI et XXI Siècles)

Responsables :

Gilles Rivière (Ehess) et Guillaume Boccara (CNRS)

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Cet axe, auquel participent des chercheurs venus de plusieurs disciplines (anthropologie, anthropologie linguistique, ethnohistoire, histoire), se propose de mettre en évidence les formes d’historicité et plus particulièrement la manière dont elles sont intégrées et activées dans les revendications identitaires et les mouvements sociaux et ethniques surgis depuis deux ou trois décennies dans plusieurs pays des Amériques (Etats-Unis, Mexique, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Chili, Argentine, Paraguay). Les populations indigènes ont acquis une nouvelle visibilité sur la scène publique où elles se mobilisent, selon des modalités qui varient grandement, afin d’être mieux reconnues et obtenir des droits collectifs tant sociaux que culturels et territoriaux. Attentifs aux différents contextes (local, national, international), il s’agit de mettre en évidence les processus d’ethnification, d’auto-identification et d’ethnogenèse, et les facteurs, tant historiques que sociaux et politiques, à partir desquels ces revendications, organisations et mouvements ont pris forme, en continuité ou rupture avec divers répertoires de mobilisation (Tilly). Pour chacun des cas étudiés, sont (re)considérées les appellations et étiquettes ethniques appliquées depuis l’époque coloniale. On ne peut en effet faire l’économie d’une histoire et d’une analyse en situation de ces étiquettes et de leurs usages, à la fois flexibles et contraints.

Ces thèmes de recherche fédérateurs seront traités à partir de recherches ancrées dans des sociétés clairement identifiées grâce aux enquêtes de terrain et à la documentation disponible. Les enquêtes, conçues dans une perspective comparative, prêtent une grande attention aux processus de circulation des idées et programmes dont certains sont repris, adaptées et diffusés par de nombreux groupes et organisations du nord au sud des Amériques. La connaissance des langues autochtones par la plupart des chercheurs constitue un outil précieux pour travailler au plus près des catégories locales et accéder à des savoirs et pratiques (mythes, tradition orale, rituels, formes de sociabilité, etc.) constitutifs de la mise en relation avec l’histoire et l’espace/territoire, et de la définition du rapport à l’autre, proche ou lointain.

Les membres de l’axe considèrent que seule une approche combinant les méthodes et perspectives de l’anthropologie, de la sociologie et de l’histoire peut permettre d’éviter l’écueil des essentialismes et naturalisations opérées par les différents agents sociaux collectifs et individuels concernés, et d’étudier la genèse de ces discours et historiographies autochtones en relation aux régimes d’historicité dits traditionnels, au multiculturalisme d’État et à l’historiographie dominante. Considérant que nul ne peut s’ériger en juge de ce qui serait authentiquement indien ou purement et simplement inventé, il s’agit donc de reconstruire le champ de ces productions culturelles, de rendre compte du rôle joué par les agents de l’État et des agences multilatérales dans la genèse du champ ethno-bureaucratique, et de prendre la mesure de ce que cela implique du point de vue d’une transformation ou reconfiguration plus profonde des catégories indiennes de la pensée et du traitement de l’espace et du temps.

Enfin, ce travail ne peut se faire que dans la mesure où l’on est également capable de pratiquer un exercice permanent de réflexivité. En effet, que ce soit comme « spécialistes » de la culture et de l’histoire indigène ou comme « experts », les chercheurs sont pleinement inscrits dans ce nouvel espace social du multiculturalisme global et bureaucratisé. Ils participent de cette nouvelle lutte de classes et de classifications qui a pour enjeu la survie des populations autochtones en cette période de nouvelle conquête des Amériques par les grandes compagnies minières, forestières, pétrolières et de la pêche.

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