Au moment où la chaîne des célébrations du bicentenaire des indépendances latino-américaines tend à rappeler, dans l’imaginaire collectif sud américain, le rôle des révolutions nationales dans l’avènement d’une nouvelle ère, nous aimerions repenser la périodisation de cette transition, traditionnellement conçue comme une rupture entre la fin de la modernité et le début d’une époque dite contemporaine. Derrière la convocation de ces mythes fondateurs qui édifient des récits nationaux a posteriori, s’étirent des chronologies décalées, concordantes ou concurrentes en fonction de l’échelle d’analyse envisagée. Peut-on vraiment affirmer que la révolution de 1776, les échos de la révolution française et les indépendances des colonies ibériques ont radicalement, et de façon irréductible, fait entrer les mondes américains dans un nouvel âge de l’humanité ? Conscients que ces temporalités sont inséparables de la trame chronologique ibérique, nous n’envisageons pas de les dissocier des questions relatives à la disparition de la monarchie espagnole au cours de l’année 1808. Dans cette même perspective, il nous semble fondamental, pour appréhender l’histoire du premier XIXe siècle latino-américain, de décloisonner les espaces crées artificiellement par ces indépendances. Si une historiographie nord américaine a, par penchant nationaliste, séparé les pères fondateurs des treize colonies des héros des luttes bolivariennes, il s’agit, dans notre esprit, de rappeler qu’entre le XVIe et le XIXe siècles, l’Amérique du Nord comme du Sud, est le cadre d’une histoire commune qui se joue dans son rapport avec l’Europe. Une Europe moderne certes, mais également une Europe médiévale dont Colomb est un symptôme et que la charnière imposée par 1492 a pu masquer. Le " long moyen-âge " n’est pas seulement européen, il s’exporte aussi, par bien des aspects, en Amérique. Par conséquent, l’enjeu de cette journée d’étude est bien de s’affranchir de bornes chronologiques institutionnalisées qui trahissent autant des choix épistémologiques que politiques. En mobilisant, pour réfléchir à ces thématiques, une délimitation spatio-temporelle ample, nous souhaiterions donc soulever plus de questions que figer de réponses.
PROGRAMME DE LA JOURNÉE
10h – Présentation
Première session
Présidence de Madame la Professeure Annick Lempérière (Paris I -CRALMI – Directrice du MASCIPO)
10h30 – Communications
Marie-Jeanne Rossignol (Université de Paris VII Denis Diderot, CIRNA)
Indépendance, révolution, esclavage et émancipation en Amérique du nord 1765-1787
Cécile Vidal (EHESS – CENA)
Les bornes chronologiques de la nouvelle histoire atlantique : pourquoi faut-il dépasser la rupture révolutionnaire et inclure le XIXe siècle ?
Clément Thibaud (Université de Nantes – CRHIA – chercheur associé au MASCIPO)
Temps et droits : historicismes révolutionnaires et chronologies historiennes
12h – Discussions
Deuxième session
Présidence du Professeur Bernard Vincent (EHESS – Groupes d’études ibériques)
14h30 : Communication
Antonio Manuel Hespanha (Universidade Nova de Lisboa)
Imaginaires de l’empire. L’empire portugais entre Orient et Occident.
José Maria Imizcoz Beunza (Universidad del Pais Vasco)
De la monarchie agrégative à la nation espagnole
15h30 - Discussions
16h30 – Conclusion